Les dérives S-Wings accélèrent leur développement

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Créateur des dérives S-Wings, Philippe Gray-Lopez explique la genèse du projet et dévoile la stratégie de la marque pour les mois à venir.

Océan Living Lab : quelle est l’histoire de ces dérives au design innovant dont on vous attribue la paternité ?

Philippe Lopez : pendant l’hiver 2014, j’ai créé deux concept-board dans l’esprit des concept-cars que l’on voit au Mondial de l’auto. J’ai répondu à un appel à projet diffusé via les réseaux sociaux par Grant « Twig » Baker, le champion du monde en titre de grosses vagues qui demandait à ce que l’on pense le design des planches de grosses vagues en dehors des schémas classiques. J’ai fabriqué des planches expérimentales équipées d’ailerons spéciaux avec des appendices et des ailettes d’un mètre de long pour garder le contact avec la vague lors de démarrages dans des vagues géantes.

OLL : aviez-vous déjà des compétences en design de matériel de surf ?

PL : je surf, je sculpte et je shape des planches de surf depuis l’adolescence, j’ai été le premier surfeur méditerranéen titré en compétition au début des années 90, j’ai aujourd’hui 52 ans. Dans le monde du surf, J’ai été très influencé par le travail des frères Campbell qui avec leur concept du Bonzer ont appliqué les lois de l’hydrodynamique au design de planches de surf. Dans le monde du design industriel c’est Luigi Colani qui m’a fait découvrir le Biodesign. Dès les années 70 c’est lui qui, en observant les formes animales et végétales dans la Nature, a introduit de la rondeur dans l’esthétique des objets usuels alors que ceux-ci étaient à l’époque très anguleux.

Passionné par les formes façonnées par l’eau, une partie de mon travail d’artiste est consacrée à l’évocation des cétacés avec des reproductions à l’échelle 1 de leurs nageoires. Cette approche autant artistique que scientifique m’a permis de bien comprendre la science des formes hydrodynamiques qui sont très esthétiques mais aussi et surtout très fonctionnelles, mon travail avec le shape des planches de surf et de leurs dérives en découle naturellement .

xabiOLL : comment avez-vous créé les première dérives qui ont inspiré le concept S-Wings ?

PL : La difficulté majeure dans le surf de vagues géantes est le phénomène du « Air Drop » qui survient lors du démarrage car au moment de son déferlement, la vague s’élève très rapidement et le surfeur n’a pas le temps de commencer à glisser dans la pente. Du coup, sa planche perd le contact avec la surface de l’eau car le vent apparent créé par le mouvement de la vague s’engouffre sous la planche, provoquant une perte de contrôle et la chute du surfeur. Je me suis souvenu des récits de mon grand-père qui faisait des randonnées sportives et des courses dans les Hautes-Pyrénées (vainqueur de la course du Pic du Midi dans les année 1930) ou les montagnards pour dévaler rapidement les pentes raides s’équipaient de long bâton qu’ils laissait traîner derrière eux et sur lesquels ils prenaient appui pour glisser, freiner et garder le contrôle de leur descente rapide.

J’ai appliqué le même principe et J’ai commencé à shaper des dérives avec de longs appendices de plus d’un mètre de longueur, équipées d’ailettes à leurs extrémités dans le but de maintenir la planche à plat sur l’eau et d’empêcher le phénomène de perte de contact du « air drop » lors des « late take-off » (démarrage tardifs) dans les vagues géantes. Les premiers prototypes envoyés à Grant Baker conçus à partir de tubes de carbone ce sont montrés trop flexibles. Le contrôle était certes amélioré mais la trop grande flexibilité provoquait des vibrations et des réactions non voulues. Grant me conseilla de raccourcir les appendices.

Au même moment, j’ai été invité à présenter ces deux concept boards équipées de leurs « concept-derives » lors d’une exposition organisée à Biarritz en juin 2014 par Gérard Decoster (Board Vision @ MIACS 08). C’est à cette occasion que j’ai présenté le projet à Xabi Lafitte, champion de surf de Guéthary, passionné de design de planches et de dérives de surf. Il a été d’accord pour essayer l’une des « concept-dérives » et les premiers tests dans des vagues de taille moyenne lui on fait entrevoir le potentiel du concept. Il a ressenti un contrôle accru et aussi une relance et une propulsion de part la flexibilité et la longueur de l’appendice. Comme Grant Baker, Xabi me conseilla de raccourcir les appendices et de retour en atelier, je retravaillais les formes et les matériaux en m’inspirant des nageoires des poissons (le poisson volant, le thon jaune) pour accentuer cet effet de godille de l’appendice qui amène la propulsion tout en ayant une nervosité du matériaux pour garder du contrôle: ma passion pour le Bio-design m’amenant naturellement vers le design bio-inspiré et le design biomimétique.

Étant surfer méditerranéen de la première génération et venant surfer au Pays basque depuis plus d’une trentaine d’années, un contact de la qualité de Xabi dans une région réputée mondialement pour ses vagues était un atout pour la crédibilité et le développement du projet.

OLL : comment se sont partagés les rôles entre Xabi Lafitte et vous-même ?

PL : l’équipe formée avec Xabi est très efficace. Nous avons tous les deux une grande connaissance du surf (histoire, actualité, pratique) et du matériel de surf et nous nous complétons dans la R&D et le design. Les rôles se sont partagés naturellement. En tant que designer et inventeur du concept je propose des formes et des matériaux, Xabi en tant que développeur les valide et nous les améliorons grâce à ses tests dans l’eau en conditions réelles. Ses ressentis très précis, de part son métier de kinésithérapeute et de son excellent niveau de surf lui permettent de connaître parfaitement les mouvements de la pratique du surf et les réactions de la planches et des dérives. Il peut ainsi comparer des sensations très subtiles pour le commun des surfeurs mais évidentes pour lui.

xabi-lafitte-masters2015OLL : quand est né le projet entrepreneurial ?

PL : entre juin et décembre 2014, j’ai fabriqué des prototypes de plus en plus courts dans des matériaux performants et les tests de Xabi sont devenus de plus en plus satisfaisants avec des qualités nouvelles qui ont commencées à émerger: en plus du contrôle, un effet de propulsion est apparu de plus en plus nettement au point que nous avons commencé à parler de breveter notre création. La sérendipité est le fait de réaliser une découverte scientifique ou une invention technique de façon inattendue à la suite d’un concours de circonstances fortuit et très souvent dans le cadre d’une recherche concernant un autre sujet.

Le projet initial tourné vers le surf de vagues géantes a donné naissance à des produits efficaces dans toutes les conditions de vagues pour les surfeurs de tous les niveaux. Les dérives S-wings amènent une amélioration de la pratique dans toutes les phases du surf. Nous sommes en présence d’une innovation technique réellement efficace un peu comme le ski parabolique qui à révolutionné la pratique du ski alpin dans les années 90

OLL : avez-vous déposé un brevet ?

PL : nous avons décidé d’une stratégie de protection industrielle avec une demande provisoire américaine. Cela permet de divulguer le produit pendant 18 mois en disposant d’une antériorité et d’une priorité jusqu’en mars 2017. Le prêt à l’innovation de l’Agglomération Sud Pays Basque nous a aidé pour la R&D avec la mise au point de prototypes industrialisables chez CompositAdour et en même temps une PTR (Prestation Technologique Réseau) nous à permis de financer un protocole de protection industrielle internationale appelée PCT (Patent Cooperation Treaty ou Traité de coopération en matière de brevets).

OLL : quelle est la stratégie des prochains mois ?

PL : Depuis le printemps 2016, nous avons assuré la mise en production des produits de manière industrielle, la création d’une communauté d’utilisateur en Aquitaine grâce a des journées de test et à un travail de communication sur les réseaux sociaux, la commercialisation des dérives localement par le bouche à oreille et les journées de test et mondialement avec le eShop, un bilan financier positif pour la première année d’activité de la SAS. Pour les prochains mois, nous allons devoir fournir un effort financier conséquent pour l’allumage du deuxième étage de la fusée S-wings pour la consolidation de la protection industrielle internationale de notre innovation avec le passage en phase nationale dans les pays ou nous voulons commercialiser les produits.

Nous devons commander des stocks conséquents pour répondre à une demande croissante dans tous les canaux de distribution. Nous devons nous donner les moyens d’un développement dans les pays phares du monde du surf (USA, Australie, Europe) en terme de communication et de publicité avec de l’achat d’espace dans les médias et avec la création d’une équipe d’ambassadeurs internationaux de la marque S-wings. Nous devons continuer la R&D, notamment dans la recherche de matériaux écologiques comme me plastique d’injection à base d’algue, mes composites de fibres naturelles (bambou, lin, hêtre) et de résines bio-sourcées pour orienter notre entreprise sur la voie du développement durable. Pour toutes raisons, nous sommes très impatients de pouvoir accéder à la Halle Créative de Saint-Jean-de-Luz.

En photos de haut en bas :
Philippe Gray-Lopez
Xabi Lafitte
Xabi Lafitte champion de France Masters avec les dérives S-Wings.
Photos©V.Biard/AggloSudPaysBasque

En savoir plus : http://www.s-wings.surf/fr/

 

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